Deus Kagiraneza, ancien officier du FPR : "les jeunes militaires tutsi francophones étaient exécutés sous le moindre prétexte" 06 juillet 2007

Published on by KANYARWANDA

Vendredi 26 septembre 2008 5 26 /09 /2008 19:47

06 juillet 2007

Le témoignage de Deus Kagiraneza



Le témoignage de Kagiraneza Deus lors du Procès du Major des anciennes Forces armées rwandaises,
Bernard Ntuyahaga



Mon témoignage

(Traduction du Kinyarwanda par Eugène SHIMAMUNGU – Texte original en Kinyarwanda )

Je m’appelle Kagiraneza Deus. Je me suis fait enrôler par le FPR-Inkotanyi pendant la guerre en 1990. J’étais chargé surtout des services de renseignement au DMI (Directorate of Military Intelligence), ensuite j’ai été Préfet ad intérim, puis Député du FPR et par la suite je suis retourné à l’armée. Je suis actuellement réfugié en Belgique. Dans tous mes services j’ai été témoin des crimes commis par le DMI depuis que nous étions dans le maquis même après la prise du pouvoir.

Au maquis

Les jeunes qui venaient se faire enrôler en provenance du Burundi, du Rwanda ou du Zaïre la plupart se sont faits exécuter parce qu’ils étaient suspectés d’espionnage ou d’être hutu surtout ceux qui venaient du Rwanda. Le tort de certains de ces jeunes gens c’est qu’ils avaient fait des études et qu’ils étaient pressentis, à l’avenir, diriger au niveau militaire.

Ceux qui étaient suspectés étaient présentés au DMI pour interrogatoire serré sur leur qualité d’espion ou sur le fait d’être hutu qui leur été reproché. Lorsque la décision était prise, ils étaient exécutés avec la douille d’une houe usagée sur la tête pour éviter le bruit du fusil dans notre cachette mais surtout c’était pour le secret pour que leurs camarades ne sachent ce qui leur était arrivé.

Ceux qui dirigeaient le DMI à ce moment-là étaient :

KAYUMBA NYAMWASA (actuellement Général Major et Chef d’Etat Major de l’armée)

RWAHAMA Jackson (actuellement Lieutenant Colonel et Président de martiale)

NZIZA Jack (actuellement Lieutenant Colonel et Chef du DMI)

MUNYUZA Dani (actuellement Major)

NZABAMWITA Joseph (actuellement Major et l’un des dirigeants de l’Auditorat militaire chargé d’accusations de militaires devant les juridictions)

MUPENZI Jean-Jacques (actuellement Major, il dirigeait il n’y a pas longtemps les services de renseignements de la gendarmerie)

Tous ceux-là sont des Rwandais venus d’Ouganda, des privilégiés qui dirigent actuellement l’armée depuis que nous avons quitté le maquis.

Les jeunes Tutsi que nous avons exécutés pendant l’entraînement à Gishuro, leur mort doit être imputée au Major Dani Munyuza et au Lt.Col. Jackson Rwahama. Ces exécutions n’étaient pas seulement faits par le DMI, elles se passaient même dans les Unités, les jeunes gens en provenance de pays francophones surtout ceux qui avaient fait des études (ils étaient appelés par dérision « intellectuals ») étaient persécutés, et étaient exécutés sous le moindre prétexte. A un moment donné, les jeunes en provenance du Burundi se sont évadés et sont retournés chez eux en nombre. Leurs parents ont dû envoyer un émissaire pour demander si ce que les jeunes gens racontaient était vrai. Kagamé les a rassurés mais aucun dirigeant de l’armée n’a été puni pour cela.

Après la prise du pouvoir

Nous avons reçu des directives pour éliminer tous ceux qui déviaient de la ligne du FPR en premier lieu les hutu. Cela s’est passé à Ruhengeri où j’étais Préfet et c’était pareil dans d’autres préfectures pendant cette période puisque plusieurs préfectures étaient dirigés par des militaires.

Cela s’est vu à Gitarama où le Préfet Major SEWANYANA a jeté des corps de hutu dans des fosses communes à Kabgayi. Cela s’est vu à Gitarama où le Préfet Major ZIGIRA a fait exécuter des hutu à Save et à Kabutare. Nous faisions cette besogne avec l’aide des dirigeants de l’armée. Le Col. IBINGIRA doit répondre des exécutions faites sur son passage par les soldats qu’ils dirigeaient depuis Kibungo, Bugesera, Butare et Gikongoro. Il doit répondre également des massacres de Kibeho dans les camps de réfugiés.

Très récemment en 1999, les soldats tutsis du clan abanyiginya au nombre de 70 ont été exécutés à Nasho ainsi qu’à Kibungo. Leur mort doit être imputée au Col. BAGABO (un handicapé en béquilles, qui était encore récemment Chef d’état-major adjoint de la Gendarmerie et qui dirige actuellement la Cour martiale) ainsi qu’au Major ZIGIRA John qui dirige la Police Militaire.

Je demande pardon

A cause de tous ces crimes dans lesquels j’ai trempé sous l’autorité de mes dirigeants, j’ai pris la décision de fuir ce pouvoir du mal de Kigali et je demande pardon pour tout ce que j’ai fait et je suis prêt à fournir de plus amples explications dès qu’on me le demande.

Je me joins à tous les Rwandais qui aiment leur pays qui ont pour objectif de renverser le régime sanguinaire du Général Major Kagamé Paul.

© Kagiraneza Deus

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