Paul Kagame : la guerre qui perdure finit par être perdue

Published on by KANYARWANDA

Paul Kagame : la guerre qui perdure finit par être perdue

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Depuis son irruption sur la scène rwandaise en octobre 1990 quand il fut choisi par Museveni pour commander les troupes d’invasion du Rwanda, Paul Kagame a  accumulé réussite sur réussite de telle façon qu’aujourd’hui presque vingt ans après, l’on peut se  demander quand et où il s’arrêtera. En effet toutes ses actions plutôt néfastes sont soit occultées, soit ouvertement acclamées par ses parrains et une certaine communauté internationale. Cependant, certains fronts qu’il vient d’ouvrir dans sa guerre pour dominer le Rwanda et toute la région des Grands- Lacs risquent de lui être fatals tellement il semble être grisé par la réussite que connait chacune de ses entreprises criminelles et l’impunité dont il jouit toujours.

La conquête du Rwanda

Quand, officier de l’armée régulière ougandaise, Paul Kagame entreprit la conquête du Rwanda, d’aucuns ne pouvaient se douter qu’il allait réussir sur toute la ligne moins de quatre ans plus tard. Non seulement l’agression caractérisée d’un pays pacifique membre de l’ONU et de l’OUA par les troupes d’un pays voisin ne fut pas condamnée, mais aussi les crimes de guerre et autres crimes contre l’humanité dont se rendirent coupables les troupes d’invasion conduites par Kagame furent soigneusement occultés quand ils n’étaient pas présentés comme des actes de bravoure. Les massacres des populations civiles commis sur son passage furent ou bien mis sur le compte du gouvernement agressé ou présentés comme des actes de légitime défense. La prise du pouvoir par la force à Kigali en juillet 1994 fut admise comme une opération ayant comme objectif d’ arrêter un « génocide ». Bref dans cette guerre, Kagame a réussi sur toute la ligne.

Le massacre de Kibeho

Le 22 avril 1995, Paul Kagame, qui était déjà maître du Rwanda, monta une attaque classique (pilonnage par l’artillerie lourde, assaut des troupes au sol appuyées par des blindés) sur un camp de déplacés de Kibeho au Sud du pays. Ce camp abritait des populations civiles à majorité des femmes et des enfants. Bilan : plus de 3000 mort au nez et à la barbe des Casques Bleus de l’ONU qui constituaient  la MINUAR. Non seulement aucune voix ne se leva pour condamner ce carnage, mais cette lâche attaque sera  comptabilisée dans les hauts faits d’armes de Paul Kagame pour louer sa capacité de « sécurisation » du territoire conquis.

L’agression du Zaïre.

Quand en 1996, Paul Kagame envahit le Zaïre, aujourd’hui République Démocratique du Congo, sous prétexte de rapatrier les réfugiés, l’aventure se soldera quelques années plus tard par plus de 200 000 Hutus massacrés ou disparus et plus de 3 millions de Congolais directement massacrés ou morts des suites des conditions de guerre (faim, maladies, …). Jusqu’à ce jour, aucune instance internationale, aucune puissance n’ose lui demander des comptes quant à cette hécatombe dont il est directement responsable. Par contre, il a systématiquement pillé la RDC et fait occuper des provinces entières par des seigneurs de guerre créés par lui. De nouveau dans cette guerre, Kagame a réussi sur toute la ligne.

L’humiliation de certaines puissances

En 2006, le juge anti-terroriste français Jean Louis Bruguière émettait 9 mandats d’arrêt visant des proches de Paul Kagame pour leur implication dans l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie aux Présidents rwandais et burundais avec leurs suites ainsi qu’à trois citoyens français membres de l’équipage. Kagame réagit en rompant les relations diplomatiques avec la France, en bannissant la langue française au Rwanda, et se livra à une campagne d’insultes et de calomnies visant des personnalités politiques et des militaires français. Non seulement la France officielle ne se défendit pas, mais au contraire elle mena profil bas jusqu’à aller directement supplier le dictateur de Kigali de bien vouloir renouer avec elle. Dans ce bras de fer, Kagame gagna sur toute la ligne et même obtint de la France que ceux qui ont trouvé asile en France fuyant le dictature seront harcelés en France même. C’est ainsi que la veuve du président assassiné par Kagame, Madame Agathe Habyarimana fera les frais de cette "réconciliation". D’autres continuent d’en payer le prix. En février 2008, un juge espagnol émettait des mandats d’arrêt visant 40 militaires de l’armée de Paul Kagame pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et assassinats des citoyens espagnols. De nouveau, Kagame réagit par des insultes et un mépris total envers la justice espagnole. Il parvint à faire ignorer ces mandats notamment par ses pairs africains dans un silence assourdissant des puissances occidentales. Encore une bataille gagnée !

Il semble que dans sa propension à défier le monde et le bon sens, Paul Kagame ait ouvert plusieurs fronts dont certains pourraient constituer son Waterloo.

 

La population hutue.

Tous les observateurs objectifs sont d’avis que la population hutue du Rwanda est tellement frustrée que tôt ou tard le « volcan peut entrer en éruption ». En effet chaque famille hutue a au moins un de ses membres emprisonné. La politique menée par Kagame dans ce domaine consiste à stigmatiser toute une communauté jusqu’à ce que chaque Hutu se sente coupable de quelque chose et donc en sursis et donc susceptible d’être emprisonné à tout moment. Ceux qui sont en liberté doivent à chaque instant louer Kagame qui leur accorde cette « faveur ». Les Hutus sont spoliés de leurs biens de façon scandaleuse suite aux simulacres de procès dont le seul but est de les rendre indigents. L’accès à l’école des enfants hutus est étroitement contrôlé sinon rendu impossible. Dans ces conditions, la frustration de la population hutue est une bombe à retardement.

Le front de la démocratisation

Depuis le retour de Victoire Ingabire au Rwanda, il est manifeste que Paul Kagame a perdu son calme. En osant dénoncer les travers et les crimes du régime, il semble que la présidente des FDU ait touché la corde sensible de la dictature. L’énervement de Kagame de ces derniers jours est tel qu’il ne peut faire un discours ou une déclaration sans citer Victoire Ingabire. Son acharnement contre cette dame devient de jour en jour presque maladif. De même l’alliance de Victoire Ingabire avec des hommes politiques anciens du FPR ou issus des partis satellites du FPR comme Frank Habineza et Bernard Ntaganda n’est pas à laisser le dictateur indifférent. Ce front est loin d’être gagné.

Le front à l’intérieur de son armée

Le plus problématique et peut-être le plus fatal, le front qui semble désormais ouvert au sein de sa propre armée, doit préoccuper beaucoup Paul Kagame malgré ses dénégations publiques. La fuite du Colonel Patrick Karegeya suivie quelques mois plus tard par celle du Lieutenant général Kayumba Nyamwasa alors qu’ils étaient étroitement surveillés et en passe d’être arrêtés, montre que ces officiers bénéficiaient-et bénéficient encore-des complicités au sein de l’armée de Paul Kagame. L’arrestation des généraux Charles Muhire et Karenzi Karake, compagnons de première heure de Paul Kagame dans la conquête du Rwanda, illustre les fissures qui traversent le noyau dur du régime et véritable détenteur du pouvoir, à savoir les officiers venus d’Ouganda. Ce front est lui aussi loin d’être gagné.

Sans être des oiseaux de mauvais augure, nous pouvons affirmer que Paul Kagame, qui a jusqu’ici tout réussi, qui a gagné sur tous les fronts jusqu’à transformer ses crimes en actes héroïques, pourrait trébucher et même tomber sur l’un des fronts qui se sont ouverts. Quelques signes qui ne trompent pas : même dans son dernier sanctuaire où il avait l’habitude d’aller recevoir des prix et des diplômes de Docteur honoris causa, certaines personnes demandent à la Justice de lui demander des comptes. En réaction, il frappe des mêmes mesures arbitraires et méprisantes naguère réservées aux ressortissants européens les citoyens américains qui osent dénoncer sa dictature. A la première occasion, il les mets en prison. Avec les voix qui commencent à s’élever dans son dernier bastion que sont les Etats-Unis, il aura fort à faire pour les faire toutes taire. Nous pensons que sur ce front aussi rien n’est gagné.

Un adage rwandais dit : « Urugiye kera ruhinyuza intwari » = « La guerre qui perdure finit par être perdue, malgré la bravoure des combattants ».

Emmanuel Neretse
Gaspard Musabyimana

01/06/2010

 

 

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subira 06/08/2010 18:02



Vraiment c`est honteux pour nous les rwandais,comment les Etats Unies nous a aides et la rencompense est d`emprisonner leur citoyens! Je ne sait pas comment notre President resonne vraiment.



KANYARWANDA 06/14/2010 20:15



you know I intend to think that USA is behind the Erlinders arrest because he implicated it in the killoings that occurred in both DRC and Rwanda