Rwanda : Rapport de l'ONU, Kigali crie à la calomnie

Published on by KANYARWANDA

SOURCE: LA MARRIANE2

Lorsqu'on le met en cause, le régime rwandais n'hésite pas à répliquer. Alors qu'un récent rapport de l'ONU accuse son armée de crimes de guerre contre des civils hutus, Kagamé et son entourage qualifient cette dénonciation de mensongère. Mais parler fort ne les rend pas plus crédibles.



Des menteurs, des tricheurs, des incompétents, des irresponsables et pour tout dire, des complices des génocidaires Hutus. Telle est l’opinion très nuancée qu’inspirent au régime du dictateur rwandais Paul Kagamé, les auteurs d’un récent rapport onusien accusant son armée de crimes de guerre contre des civils Hutus réfugiés dans l’Est du Congo (voir Marianne n°698 ). Remis au Haut commissaire pour les droits de l’homme basé à Genève, le document de plusieurs centaines de pages confirmait les soupçons de très nombreuses ONG concernant les méthodes expéditives de l’Armée patriotique rwandaise (APR), le fer de lance du Front patriotique rwandais (FPR) de Kagamé.

 « Calomnies, tout est faux », a répondu la délégation permanente du Rwanda à Genève le 30 septembre dernier. Pour mieux les disqualifier, les autorités de Kigali accusent les experts de l’ONU du crime suprême : « le désir constant de valider la théorie du double génocide ». La dite théorie consisterait à nier la spécificité du génocide des Tutsis en 1994, au prétexte que des dizaines de milliers d’Hutus modérés auraient été eux aussi victimes des sinistres milices Interahamwe et Impuzamigabi. En réalité, seul le régime rwandais la brandie comme une sorte de repoussoir radical dès que des chercheurs, des journalistes ou des institutions telle que l’ONU s’avisent de questionner le rôle du FPR dans la montée des tensions au Rwanda avant le génocide puis après sa prise de pouvoir.


Kigali a un autre argument, supposé tout aussi décisif pour ridiculiser le rapport onusien : la « réintégration réussie de millions de réfugiés hutus », essentiellement en provenance du Zaïre (1,5 millions) mais aussi du Burundi, de Tanzanie et d’Ouganda (1,7 millions). En quoi, le retour chez eux de nationaux chassés par l’horreur du génocide exonèrerait-il l’ APR des exactions ultérieures commises sur le sol congolais ? Réponse induite : on ne peut nous accuser d’avoir voulu les massacrer puisque nous les avons laissé revenir….


Kigali reproche aussi aux enquêteurs d’avoir soi-disant minoré le poids de la guérilla permanente à laquelle les miliciens hutus se seraient livrés contre le nouveau Rwanda à partir de leurs bases établies dans les camps de réfugiés du Kivu. Personne en vérité n’a jamais contesté le travail de sape entrepris par une partie des anciens miliciens, dans le but avoué de reprendre un jour le pouvoir. Mais à l’évidence le régime de Kagamé minimise aussi l’intervention de ses troupes sur le sol congolais, la ramenant à quelques interventions d’auto-défense contre les tueurs.

Au demeurant, la délégation du Rwanda à Genève conteste quasiment toutes les informations précises du rapport, celles relatant telle ou telle attaque de camps de réfugiés par l’ APR. Avec un art consommé du flou artistique, elle met en cause des imprécisions factuelles, l’anonymat des témoins (…), « l’incompréhension du contexte historique » et plaide la bonne foi : il y a pu avoir quelques « dégâts co-latéraux » parmi les civils hutus mais la faute en revient avant tout aux ex-miliciens qui se servaient d’eux comme bouclier humain. Rappelons que, selon le rapport de l’ONU, les « dégâts co-latéraux » en question se chiffreraient par dizaines de milliers, dont nombre de femmes, d’enfants et de vieillards. Bref, comme c’est le cas depuis plusieurs années, le message de Kagamé reste plus que jamais : « Circulez il n’y a rien à voir ».

C’est aussi le sens de l’intervention de son ministre de la Justice après que Marianne2 eut publié dans son intégralité l’ultime procès-verbal d’audition, avant son décès à Oslo, de Joshua Ruzibiza. Cet ex-lieutenant tutsi reste le principal témoin qui accuse le clan Kagamé d’avoir organisé l’attentat contre l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana, événement déclencheur du génocide. Soudainement saisi par un sens de la légalité que la justice rwandaise bafoue quotidiennement, le Garde des Sceaux de Kigali s’est montré très fâché de « l’intolérable violation du secret de l’instruction ». Il a implicitement accusé Marianne de participer à un mystérieux complot visant à déstabiliser un régime si vertueux et démocratique qu’il a interdit à tous ses opposants réels de participer aux dernières élections présidentielles.

Tétanisée à l’idée de paraître une seule seconde absoudre les génocidaires hutus, la presse française, elle, a pour l’essentiel ignoré la disparition de Ruzibiza. Le Nouvel Observateur l’a évoquée dans un entrefilet, en prenant soin de mettre des guillemets au qualificatif témoin. Et en omettant de signaler qu’après être revenu sur ses accusations, Ruzibiza les avait finalement validées. Ce qui ne constitue pas une vérité définitive mais mérite au moins d’être porté à la connaissance du lecteur. Enfin ce qu’on en dit….

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