Rwanda : trois accompagnateurs pour Kagamé

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Rwanda : trois accompagnateurs pour Kagamé

Paul Kagamé, président du Rwanda

Le lundi 9 août 2010, le Rwanda connaîtra sa deuxième joute électorale pluraliste après celle intervenue en 2003. Seize ans après le génocide qu’ils ont vécu, les Rwandais auront de nouveau à choisir celui-là qu’ils jugent apte et digne de présider aux destinées de leur pays.

 

Pour ce scrutin, qui s’annonce houleux, le président Paul Kagamé, candidat à sa propre succession aura face à lui trois des ses anciens soutiens, deux ex-ministres et une sénatrice : il s’agit d’abord de Damascène Ntawukuriyayo du Parti social-démocrate (PSD), vice-président de l’Assemblée nationale et ancien ministre de la Santé ; ensuite de Prosper Higiro, vice-président du Sénat et ancien ministre du Commerce qui représente le Parti libéral (PL) ; et enfin d’Alvera Mukabaramba du Parti du progrès et de la concorde (PPC), ancienne députée.

Le candidat hutu du Nord, Jean-Népomuscène, n’a pas déposé son dossier. Le postulant du Parti social-Imberakuri (PS-Imberakuri), Bernard Ntaganda, accusé de divisionnisme fondé sur l’ethnicité, de rassemblement sans autorisation, de constitution de groupe de personnes soupçonnées d’être des criminelles et de tentative de meurtre, n’a pas été retenu par la Commission nationale électorale du Rwanda.

Idem pour l’opposante Victoire Ingabire, présidente des Forces démocratiques unifiées (FDU), parti créé en exil et placé sous contrôle judiciaire. Celle-ci avait d’ailleurs été arrêtée le 29 avril dernier pour collaboration avec une organisation terroriste, de négation et de minimisation du génocide de 1994...

Présentement le climat est très lourd au pays des mille collines à l’approche de la consultation électorale. De nombreux opposants au régime de Kigali sont inquiétés, une campagne de répression étant instaurée à leur encontre, et des médias indépendants frappés de fatwa. Le moins que l’on puisse dire est que Paul Kagamé est sûr de lui quant à son élection pour encore un septennat à la tête de l’Etat.

Le 11 mai 2010, au cours d’une conférence de presse, il affirmait : « Je ne vois aucune raison pour laquelle le Front patriotique rwandais (FPR) ne reviendrait pas avec une immense majorité de soutien de la part du peuple de ce pays, et je n’ai aucun doute à ce sujet ». Pour l’homme mince de Kigali, il n’y a point de feu en la demeure. Si pour ses concurrents directs rien n’est gagné d’avance, lui par contre peut dormir sur ses deux oreilles, convaincu que son sommeil ne saurait être troublé.

Il ne nous fait en tout cas pas mentir lorsqu’il affirme que : « Je suis sûr que le FPR va gagner cette élection, et je ne procède pas par devinettes ». Comme bien d’autres avant lui, il n’organise pas des élections et les perd. C’est la réalité sous nos tropiques. Paul Kagamé sera réélu. C’est même certain. La seule inconnue dans ce scrutin, c’est peut-être le résultat.

Avec la participation des trois autres candidats, qui sont, quoi qu’on dise, des accompagnateurs, il est tout aussi vrai qu’il ne pourra pas avoir le même score fleuve de 2003 (95% des suffrages exprimés). Les jeux seront tout de même faits, mais en ne pourra alors s’empêcher de parler de démocratie en coupe réglée, en fait un ersatz de démocratie qui ira contre la marche du temps, dans un monde où l’aspiration des peuples à plus de liberté est une donnée essentielle.

Par D. Evariste Ouédraogo © L’observateur Paalga

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